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Le monde des oiseaux

Comment les architectes peuvent-ils aider les oiseaux à ne pas s’écraser contre les vitres ?

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Au moins 1 000 oiseaux ont été tués en une journée, début octobre, et cela pour un seul et unique bâtiment. Il s’agit du McCormick Place Lakeside Center, à Chicago, le plus grand centre de congrès d’Amérique du Nord. Paradigme du modernisme architectural, le Lakeside Centre a été construit par étapes entre 1960 et 2017, et est un mastodonte d’acier, de béton et de verre.

Bien que la façade de verre presque ininterrompue du bâtiment ne soit pas particulièrement haute par rapport aux normes contemporaines, elle pose un sérieux problème aux oiseaux. C’est surtout le cas la nuit, car l’éclairage intérieur les désoriente. Le millier d’oiseaux tués ce jour-là ne représentait qu’une petite partie des millions d’oiseaux migrateurs qui se déplaçaient vers le sud du continent pour rejoindre leurs aires d’hivernage – un voyage que ces animaux effectuent deux fois par an.

Ce qui rend cette mort massive d’oiseaux inhabituelle, ce n’est pas le nombre d’animaux morts (l’American Bird Conservancy estime que jusqu’à un milliard d’oiseaux subissent le même sort chaque année), mais le fait qu’elle ait autant attiré l’attention du public. Ce qui a été rendu possible par le Chicago Bird Collision Monitors, un groupe de bénévoles qui enregistre les collisions d’oiseaux dans la ville depuis 2003. D’après les données recensées par le groupe, il s’agit du plus grand nombre d’oiseaux morts enregistrés pour un bâtiment en une seule journée.

L’un des moyens de prévenir les collisions avec les oiseaux est d’accorder plus d’attention à la conception architecturale des bâtiments en verre dans les villes. Chicago a donné l’exemple en 2009 lorsque l’architecte américaine Jeanne Gang a achevé la construction de l’Aqua Tower. Sa façade en forme de vague et son verre fritté ont été notamment conçus pour empêcher les oiseaux de voler dans les fenêtres du bâtiment. Le verre fritté est imprimé avec de l’encre et contient de très petites particules de verre broyé, ce qui lui donne un aspect givré ou légèrement opaque.

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Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des multiples efforts déployés par Jeanne Gang pour « naturaliser » les gratte-ciel, ces bâtiments généralement composés de lignes droites en raison de leur ossature en acier ou en béton. Or, comme l’a dit un jour l’architecte catalan Antoni Gaudí, « il n’y a pas de lignes droites ni d’angles aigus dans la nature ».

Du verre sans danger pour les oiseaux

Les balcons de l’Aqua Tower sont ainsi incurvés afin d’adoucir les bords durs d’un gratte-ciel par ailleurs conventionnel. L’effet d’ondulation, semblable à une vague, permet également de minimiser le cisaillement du vent et de créer de l’ombre. En tandem avec le verre fritté, les qualités réfléchissantes et les bords durs du verre sont atténués, ce qui permet d’éviter toute confusion, en particulier la nuit.

Une façade de gratte-ciel avec des balcons incurvés.
L’Aqua Tower était le plus haut bâtiment jamais conçu par une femme au monde au moment de son inauguration.
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Cette tour montre que des caractéristiques architecturales choisies pour améliorer la qualité de vie des humains peuvent également profiter à d’autres êtres vivants. Ce défi a aussi été relevé par l’architecte Joyce Hwang, basée à Buffalo, dans son projet No Crash Zone en 2015. Joyce Hwang a temporairement appliqué des motifs sur les fenêtres du Sullivan Center à Chicago, évidemment pour dissuader les oiseaux de traverser les façades vitrées, mais aussi pour ajouter un intérêt esthétique au matériau lui-même.

Pour Joyce Hwang, les architectes peuvent toujours utiliser du verre pour les bâtiments, mais avec un peu d’imagination, ils peuvent y intégrer des ornements graphiques à la fois agréables pour les humains et qui présentent un plus faible potentiel de distraction pour les autres créatures.

Parmi les solutions plus faciles à mettre en œuvre, on peut citer le « film anti-oiseaux » : un film stratifié de points appliqué sur le verre pour aider les oiseaux à voir les fenêtres comme des objets, plutôt que comme transparentes, ce qui minimise le risque de collision. Cette option a été adoptée par l’université Columbia à New York ainsi que par plusieurs autres bâtiments de la ville, y compris un hôtel, un cimetière, un centre de courrier et un terminal de ferry.

Fenêtre d’un immeuble de bureaux dont la vitre est recouverte de points.
Une fenêtre anticollision pour les oiseaux, avec un motif de points répétitifs.
Brendon Samuels/FLAP Canada

Extinction des feux

Le problème le plus difficile à résoudre, lorsqu’il s’agit de protéger les oiseaux, tient à la façon dont les humains utilisent la lumière artificielle.

En 2019, on a découvert que l’installation Tribute in Light, organisée chaque année à New York pour marquer l’anniversaire des attentats du 11 septembre, désorientait et épuisait les oiseaux migrateurs. Les oiseaux sont attirés par les faisceaux lumineux de l’installation, qui éclairent sur une hauteur de quatre miles (plus de six kilomètres). Piégés par le spectacle, ils dévient de leurs routes migratoires.

En 2020, il a été décidé d’éteindre périodiquement les lumières, puis de les rallumer, afin que les oiseaux, même s’ils sont désorientés par le dispositif, puissent se rétablir et poursuivre leur chemin.

Une étude menée en 2021 à Chicago a montré comment l’application d’un tel principe peut être généralisée : en éteignant la moitié des lumières des grands bâtiments pendant la nuit, les collisions avec les oiseaux pourraient être divisées d’un facteur six à onze. Une modification de la loi est d’ailleurs débattue à New York afin d’interdire l’éclairage nocturne des bâtiments inoccupés. De nombreux tribunaux, bibliothèques et écoles publiques de la ville éteignent déjà leurs lumières pendant la saison de migration des oiseaux.

L’horizon d’une ville endormie avec une enseigne néon au premier plan.
Philadelphie a rejoint une initiative nationale visant à réduire l’éclairage des bâtiments pendant les migrations des oiseaux au printemps et en automne.
Associated Press/Alamy

Il n’est pas certain que ces changements suffisent à susciter une transformation plus large des attitudes à l’égard de la lumière artificielle dans les villes. Après tout, l’éclairage nocturne est lié au rythme 24 heures sur 24, sept jours sur sept des villes qui ne dorment jamais. Celles-ci ont vu les cycles naturels de la lumière et de l’obscurité disparaître depuis longtemps. Aujourd’hui, la ville éclairée ne s’éteint que dans des circonstances extrêmes, comme les pannes d’électricité généralisées qui ont frappé la ville de New York après l’ouragan Sandy en octobre 2012.

Pourtant, les gens pourraient trouver des moyens d’utiliser moins de lumière artificielle. L’obscurité est un élément vital de la nature. Elle permet aux animaux et aux plantes de se reposer et de s’abriter. Pour les oiseaux migrateurs, l’obscurité est un lieu sûr ; elle leur permet également de percevoir le monde comme ils en ont besoin, la lumière de la Lune et des étoiles (et leur sensibilité au champ magnétique terrestre) guidant leurs longs voyages.

La protection des oiseaux migrateurs pourrait ainsi remettre au goût du jour l’observation du ciel nocturne. Comme si le fait de rendre les villes plus accueillantes de nuit pour les oiseaux pouvait également aider leurs résidents humains à renouer avec la beauté de la nature et l’émerveillement face aux cieux étoilés.



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Paul Dobraszczyk, Lecturer in Architecture, UCL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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